
Standardisation AR : opportunité ou frein à l’innovation ?
La réalité augmentée (AR) s’impose progressivement dans de nombreux secteurs : industrie, retail, formation, maintenance, communication ou encore expérience client. Pourtant, à mesure que les usages se multiplient, une question revient : comment faire communiquer les technologies de réalité augmentée entre elles ?
C’est tout l’enjeu de la standardisation de l’AR.
Longtemps perçue comme un sujet essentiellement technique, la standardisation pourrait en réalité transformer profondément le marché de la réalité augmentée. Elle peut faciliter l’adoption des solutions, réduire certains coûts et accélérer le déploiement de nouveaux usages. Mais elle peut aussi susciter une crainte légitime : en cherchant à créer des standards communs, risque-t-on de limiter l’innovation ?
Pour les entreprises qui souhaitent investir dans la réalité augmentée, comprendre cet équilibre est essentiel.
Pourquoi standardiser la réalité augmentée ?
Aujourd’hui, l’écosystème AR repose sur une grande diversité de casques, smartphones, plateformes, moteurs 3D, formats de fichiers et technologies de suivi.
Cette diversité stimule l’innovation, mais elle peut également complexifier les projets. Une expérience AR conçue pour un environnement donné ne sera pas nécessairement facilement transposable à un autre.
La standardisation AR vise justement à créer des règles et des formats communs permettant aux différentes technologies de mieux fonctionner ensemble.
Concrètement, cela peut concerner :
les formats de contenus 3D ;
l’affichage et le positionnement des objets virtuels ;
le suivi de l’environnement et des utilisateurs ;
l’interopérabilité entre plateformes ;
les échanges de données ;
les interactions entre applications et équipements.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de rendre toutes les solutions identiques. Il s’agit plutôt de construire un socle commun sur lequel les acteurs peuvent développer leurs propres innovations.
Un véritable levier pour démocratiser l’AR
Pour les entreprises, l’un des principaux avantages de la standardisation est la réduction de la complexité.
Imaginez une entreprise industrielle qui souhaite déployer une application de réalité augmentée pour assister ses techniciens lors d’opérations de maintenance. Si chaque équipement nécessite une version spécifique de l’application, les coûts de développement, de test et de maintenance peuvent rapidement augmenter.
À l’inverse, des standards communs peuvent permettre de concevoir des expériences plus facilement compatibles avec différents environnements.
1. Une meilleure interopérabilité
La standardisation facilite la communication entre les différents composants d’un projet AR.
Un contenu 3D, une application et un équipement peuvent ainsi davantage fonctionner ensemble sans nécessiter systématiquement une adaptation spécifique.
Pour les entreprises, cela signifie potentiellement moins de dépendance à une technologie ou à un fournisseur unique.
2. Des coûts de développement mieux maîtrisés
Développer une expérience AR demande des compétences et des ressources importantes.
Lorsque les équipes peuvent s’appuyer sur des standards existants, elles n’ont pas besoin de réinventer certaines briques techniques pour chaque projet.
La standardisation peut donc contribuer à réduire les coûts de développement et accélérer la mise sur le marché des applications de réalité augmentée.
3. Une adoption plus simple
Plus les technologies AR deviennent compatibles entre elles, plus leur adoption peut devenir simple pour les entreprises.
C’est particulièrement important pour les organisations qui souhaitent passer d’un prototype de réalité augmentée à un déploiement à grande échelle.
La standardisation peut ainsi contribuer à faire passer l’AR du stade de l’expérimentation à celui d’un véritable outil opérationnel.
Mais la standardisation peut-elle freiner l’innovation ?
C’est là que le débat devient intéressant.
L’innovation technologique repose souvent sur la capacité à expérimenter, à sortir des cadres existants et à proposer de nouvelles approches.
Un standard trop rigide pourrait créer l’effet inverse de celui recherché.
Si les acteurs doivent respecter des règles trop contraignantes, certaines innovations pourraient devenir plus difficiles à développer ou à déployer.
Le risque de figer les technologies
Les technologies de réalité augmentée évoluent rapidement.
Les smartphones, lunettes AR, casques immersifs et systèmes de spatial computing progressent constamment. Un standard pertinent aujourd’hui pourrait devenir moins adapté demain.
La question est donc de savoir comment standardiser sans figer le marché.
La réponse pourrait résider dans des standards suffisamment ouverts pour définir les fondamentaux tout en laissant aux entreprises la liberté d’innover sur les fonctionnalités, les interfaces et les usages.
Standardiser les bases, pas les usages
C’est probablement l’un des meilleurs moyens de réconcilier standardisation et innovation.
Un standard peut définir comment les technologies communiquent, sans nécessairement définir ce que les entreprises doivent en faire.
Prenons un exemple simple.
Deux entreprises peuvent utiliser le même format pour un objet 3D tout en créant des expériences AR totalement différentes :
l’une pour former ses collaborateurs ;
l’autre pour aider ses techniciens à effectuer une maintenance ;
une troisième pour permettre à ses clients de visualiser un produit chez eux.
Le standard devient alors une infrastructure commune, et non une limite créative.
C’est précisément cette approche qui peut permettre à l’écosystème AR de continuer à évoluer tout en gagnant en maturité.
Quel impact pour les entreprises ?
Pour les décideurs, la standardisation de la réalité augmentée doit surtout être considérée comme un enjeu stratégique.
Lorsqu’une entreprise investit dans une solution AR, elle ne cherche pas uniquement à créer une belle démonstration technologique. Elle veut généralement obtenir une solution durable, évolutive et capable de répondre à des besoins métier réels.
Avant de choisir une technologie, plusieurs questions méritent donc d’être posées :
La solution est-elle interopérable ?
Une technologie compatible avec différents environnements peut offrir davantage de flexibilité à long terme.
Les contenus peuvent-ils être réutilisés ?
La possibilité de réemployer les assets 3D et les expériences sur plusieurs équipements permet de limiter les coûts futurs.
La solution est-elle évolutive ?
Un projet AR doit pouvoir accompagner les évolutions technologiques plutôt que devenir obsolète au bout de quelques années.
Existe-t-il un risque de dépendance à un fournisseur ?
Les standards ouverts peuvent contribuer à réduire le verrouillage technologique et faciliter l’évolution d’un projet.
La standardisation AR : un passage vers la maturité du marché
Il serait finalement réducteur d’opposer standardisation et innovation.
Dans de nombreux domaines technologiques, les standards ont justement permis de créer les conditions nécessaires à une adoption massive.
La standardisation peut apporter un langage commun, simplifier l'intégration des technologies et donner davantage de visibilité aux entreprises qui souhaitent investir dans la réalité augmentée.
L’enjeu consiste donc moins à standardiser toute l’expérience AR qu’à standardiser les briques essentielles tout en préservant la liberté d’innover.
C’est cet équilibre qui permettra probablement au marché de franchir une nouvelle étape.
Et demain ?
La réalité augmentée entre progressivement dans une phase où les enjeux ne sont plus uniquement technologiques. Les entreprises s’intéressent désormais à la scalabilité, l’interopérabilité, la rentabilité et la pérennité de leurs projets.
Dans ce contexte, la standardisation pourrait devenir un accélérateur plutôt qu’un frein.
Pour les entreprises qui souhaitent intégrer l’AR dans leurs activités, le véritable enjeu sera de choisir des solutions capables de tirer parti des standards sans se limiter à ceux-ci.
Chez Inersio, nous pensons que l’innovation AR doit rester au service des usages. La technologie est un moyen : ce sont les expériences conçues autour des besoins des utilisateurs et des métiers qui créent véritablement de la valeur.
La question n’est donc peut-être pas « faut-il standardiser la réalité augmentée ? », mais plutôt :
« Quels standards pouvons-nous créer pour permettre à l’innovation AR d’aller encore plus loin ? »
